Formation professionnelle, après l’annonce du projet par la Ministre du Travail : Big Bang ou Bang Bang?

C’est une journée que certains disent historique !

Les partenaires sociaux semblent avoir perdu la main sur le pilotage de la formation professionnelle.

La ministre du Travail Muriel Pénicaud a présenté lundi 5 mars son “big bang” du système de formation professionnelle.

Les outils paritaires politiques seront remplacés. Les trois instances de gouvernance actuelles (FPSPP, Cnefop, Copanef) et financiers (OPCA) seront démantelés pour les uns et très fortement en restructurés pour les autres (moins nombreux avec moins de compétences)  et une agence public (comme jadis l’ANPE), baptisée « France Compétence » sera désormais à la manœuvre.

Après la sécurité sociale, l’assurance chômage c’est donc le glas d’une cogestion à la française qui sonne pour reprendre l’expression d’un dirigeant patronal.

Les ordonnances avaient déjà mis en pièce les prétentions syndicales d’une plus grande représentation des salariés dans les conseils d’administration.

Le message semble clair. La démocratie et la gouvernance sont deux choses différentes pour le gouvernement.

Il y a une place pour l’écoute mais elle ne se confond pas avec celle de la décision et encore moins avec ceux qui la mettent en œuvre. Le patron de la CFDT ne s’y est pas trompé en déclarant « La méthode Macron, c’est : vous discutez et je tranche ».

La démocratie sociale est remise à d’autres temps, pas celui de «la république en marche ».

Pour autant les partenaires sociaux ne reconnaîtront pas leur mise à l’écart.

D’une part il n’y a aucune alternative acceptable à la majorité actuelle et d’autres parts il n’y a pas de rapport de force favorable à attendre de la population sur ce dossier.

Au mieux la population comprendra que derrière cette étatisation de la formation professionnelle, il y a récupération d’un budget qui permettra à l’Etat de réorienter un peu le sien.

Un peu comme jadis la vignette automobile pour les personnes âgées….

Le système imaginé par les cabinets ministériels pourra sans doute avoir des qualités que l’ancien n’avait pas, mais il n’empêche, la puissance publique renonce à accompagner employeurs et syndicats dans le pilotage l’employabilité des salariés pour s’y substituer.

Le gouvernement justifie sa réforme sur des exigences de résultats que seul le pilotage public pourrait garantir. Il annonce un Plan d’investissement dans les compétences de 15 milliards d’euros pour les demandeurs d’emploi et les jeunes, auquel les régions seront associées sous forme contractuelle pour un million de demandeurs d’emploi peu qualifiés et un million de jeunes éloignés de l’emploi sur 5 ans. [Le dossier de presse est en pièce jointe]

Pour Pierre Gattaz, président du MEDEF : «il est regrettable qu’il confonde ambition et bouleversement, Big Bang et nationalisation. L’urgence reste d’améliorer le fonctionnement du système aux bénéfices des entreprises et des salariés plutôt que de tout bouleverser. »

Des propos qui semblent assez partagés, chez les partenaires sociaux, dans la mesure où aucun gouvernement n’a, en effet, démontré sa meilleure efficacité tant sur la sécurité sociale que sur pôle emploi.

Par contre le paritarisme va assurément en souffrir car pour mener des politiques il faut se donner des moyens. Lui retirer c’est l’empêcher de faire de la politique qui s’ancre sur le réel.

C’est manifestement un objectif attribué par les syndicats au  président qui, à la rupture avec l’ancien système politique, est taxé de vouloir conjuguer une « transformation des rapports sociaux » où les acteurs de l’ancien régime n’ont pas forcément un rôle à jouer.

 

A suivre….